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Lettre d’Edgar Morin au président de la 12e chambre de la cour d’appel du TGI de Paris

(à l’occasion du procès de sept membres parisiens du Collectif des déboulonneurs, le 6 février 2008)

Article publié le jeudi 7 février 2008

Monsieur le Président,

Étant souffrant ce 6 février 2008 et contraint de garder la chambre, je me permets de vous adresser ce témoignage écrit.

Dans le procès que subit le Collectif des déboulonneurs me vient à l’esprit l’adage latin « summum jus summa injuria » – l’interprétation intégrale ou maximale du droit conduit à une injustice majeure.

Ce n’est pas la publicité qui est en cause, elle a pour office de faire connaître les produits ou marchandises. De plus, il y a un art publicitaire illustré par Paul Colin et autres. Mais il y a un abus et une intoxication publicitaires.

L’abus est dans l’invasion, au sein de sites naturels et urbains, dégradant esthétiquement leur environnement, d’affiches souvent géantes. Et si parfois certaines portent la marque d’un art, de très nombreuses pratiquent le tape-à-l’oeil de façon grossière.

L’intoxication vient des messages exagérés voire souvent illusoires, de nombre de publicités s’adressant aux enfants, aux femmes et aux hommes. La publicité pour produits sucrés incitant à la consommation dès le plus jeune âge conduit à l’obésité infantile et juvénile.

Les messages promettant minceur, sveltesse, rayonnement, beauté aux jeunes filles et aux femmes ont un caractère mythologique prédominant et stimulent des obsessions qui dans de nombreux cas altèrent la santé. Les publicités insensées exaltent la vitesse dans notre pays où celle-ci est limitée, identifiant automobile et virilité, automobile et séduction, automobile et puissance, entretiennent l’intoxication automobile qui elle-même entretient les pollutions et dommages psychosomatiques conséquents notamment dans les populations fragiles.

Certes, il existe un système de contrôle de la vérité des allégations publicitaires en ce qui concerne la composition des produits proposés, mais l’autoglorification abusive du produit ne subit aucun contrôle.

Les interventions du Collectif des déboulonneurs ne lèsent en rien, physiquement ni moralement, les personnes. Elles constituent un petit électrochoc psychosociologique destiné à faire prendre conscience des dérives et des dégradations qui s’accroissent dans notre société.

Il s’agit à mes yeux d’une légitime réponse à des agressions malheureusement encore légales mais nocives.

C’est pourquoi je souhaiterais, Monsieur le Président, une pleine compréhension de votre part.

Edgar Morin

Directeur de recherches émérite au CNRS



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