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Témoignage de Paul Ariès au procès de Montpellier

Article publié le mercredi 1er novembre 2006

Vous pouvez retrouver ce témoignage sur le site de Paul Ariès.

Schèma du témoignage de Paul Ariès devant le tribunal correctionnel de Montpellier

Paul Ariès a été sollicité par le collectif des déboulonneurs de Montpellier, pour être leur témoin lors de l’audience. Le texte ci-dessous reproduit globalement le schéma d’intervention devant le Tribunal Correctionnel de Montepellier.

Mme. le Président, permettez-moi tout d’abord de vous dire combien c’est un honneur pour moi d’être cité comme témoin dans cette affaire, c’est un honneur en tant que professeur et politologue, spécialiste des sectes et de la manipulation publicitaire mais aussi en tant que parent et que citoyen. Je ne connais pas personnellement les deux militants que vous avez à juger mais je sais que des centaines de milliers de Français se reconnaissent dans leur geste. On ne devient pas militant antipub ou déboulonneur par hasard. C’est un acte adulte c’est à dire réfléchi et mesuré, c’est aussi un acte citoyen qui vise à créer les conditions d’un débat public et à interpeller l’Etat pour qu’il respecte sa propre légalité en appliquant déjà le droit protecteur existant et en établissant une hiérarchie des normes juridiques profitable aux plus faibles. La puissance publique a su le faire en interdisant les distributeurs de produits alimentaires dans les collèges et lycée au nom de la santé physique de nos enfants. Il a fallu pour cela beaucoup d’actions et de coups d’éclats. La puissance publique doit de même choisir la santé mentale contre l’agression publicitaire. Je vous demande Mme le Président de comprendre ce geste avant de rendre votre jugement au nom du peuple français. La pub fait des ravages dans la tête de nos enfants. Elle entretient l’llusion que le bonheur serait dans la consommation comme si posséder sept paires de baskets permettait de courir sept fois plus vite Cette injonction publicitaire à consommer "toujours plus" est irresponsable au moment même où le Président de la République rappelle que la maison brûle et que nous regardons ailleurs. La publicité entretient aussi l’Illusion qu’il serait possible de compenser la perte des repères et des valeurs par la consommation de produits de marques. Les marques commerciales se sont mises à fonctionner comme des béquilles identitaires pour des individus en souffrance, pour des jeunes destructurés ou sans identités fortes. Cette emprise publicitaire ne doit rien au hasard. Le Directeur de l’Institut Européen du marketing, George Chetochine le dit ouvertement dans ses ouvrages comme Le marketing de la pub : la publicité doit exploiter les névroses. Elle doit donc rendre les gens malheureux. Comment s’étonner dès lors que les jeunes ne soient pas égaux devant l’agression publicitaire ? Les premières victimes sont les enfants issus des milieux populaires, les jeunes des familles destructurées. Cette situation déjà dramatique ne peut qu’empirer avec le "progrès" des techniques de manipulation publicitaire. Ces techniques de manipulation ont connu globalement trois phases. Celle de l’age d’or de la réclame avec le mythe du client rationnel mais les publicitaires ont vite découvert que l’essentiel des achats n’est pas rationnel...donc ils ont voulu agir sur l’inconscient. Cette deuxième phase est celle de la publicité suggestive avec la répétition de slogans simplistes et la volonté de créer une situation de dépendance à l’image de celle du "toxico" ou de l’adepte d’une secte. Les publicitaires commencent à développer le neuromarketing c’est à dire la possibilité d’utiliser la neuroscience à des fins de manipulation. Ils étudient par exemple l’impact de certains messages publicitaires grâce à l’emploi d’IRM... Vous comprendrez Mme. le Président que nous soyons nombreux à espérer dans la puissance publique. L’Etat doit donc intervenir comme il a su le faire dès les années trente dans de nombreux pays européens. L’école était à l’époque peu menacée par l’agression publicitaire et pourtant le législateur a interdit toute pub à l’école. Nos anciens savaient en effet que l’agression publicitaire est constraire à tout projet éducatif, à la construction d’adulte. Contrairement au discours publicitaire, la publicité n’est pas la culture des jeunes, c’est même l’anticulture par excellence. La culture plus on y accède tôt, plus on a des chances de devenir un citoyen responsable. La publicité plus on y est soumis tôt plus on restera durant toute sa vie un individu "accro" aux marques. La publicité est responsable de la perte du sens des limites. Si un individu est incapable de se donner des limites...il va les chercher dans le réel : conduites à risque, toxicomanie, suicide des plus faibles (comme les jeunes et les vieux) Si une société est incapable de se donner des limites...elle va aussi les chercher dans le réel d’où l’épuisement des ressources, le réchauffement planétaire, la perte des repères de sens, etc. Ce geste des déboulonneurs est donc d’abord à mes yeux une façon de rappeler la nécessité de poser des limites. C’est une façon de dire : cessons de sombrer dans la démesure. Ces deux militants ne fuient pas leur responsabilité. Au contraire, ils entendent justifier leur acte. Ils ont agi publiquement et à visage découvert. Je vous demande Mme. le Président de comprendre leur motivation avant de rendre votre décision au nom du peuple français. Il s’agit de demander à la puissance publique d’intervenir pendant qu’il en est encore temps. Un français subit en moyenne 20 000 spots par an, un Américain 40 000. Faut-il attendre que nous ayons le même pourcentage d’obèse ? Faut-il attendre que nous ayons totalement sombré dans l’hubris ? Ce geste citoyen est certes une violation d’une règle de droit mais au nom d’un droit supérieur. Les pouvoirs publics savent que notre droit dans ce domaine est non seulement inappliqué mais inadapté. La Suède a proposé à l’Europe d’interdire la publicité à la télévision pour les produits concernant les enfants. Nous ne pouvons pas continuer à faire comme si nous ne savions pas. Est-il normal que selon l’association Paysages de France reconnue d’UP...40 % des panneaux soit illégaux ? Est-il normal que la publicité qui reste interdite à l’école par la porte y pénètre de plus en plus par la fenêtre ? J’enseigne à mes étudiants Mme. le Président qu’il est du devoir parfois des citoyens d’oser se révolter. Aux côtés des modèles historiques que nous honorons tous, sachons reconnaitre ce geste dans sa banalité. J’ai conscience Mme. le Président que la décision qui vous échoie est particulièrement difficile. Elle l’était lorsque la justice a du faire primer le droit de grève sur le droit de propriété. Elle l’était lorsqu’au nom de la désobéissance civile des citoyennes et des citoyens ont poussé l’Etat à reconnaitre notamment le droit à l’IVG et le droit à l’Objection de conscience. J’ai espoir qu’un jour l’Etat choisira la protection de l’enfance contre le droit des publicitaires.

Pour en savoir plus Putain de ta marque ! Editions Golias Petit Manuel anti-pub, Editions Golias



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